Tunisie : en route vers une révolution touristique ?

Destination de vacances en plein boom depuis les années 60, la Tunisie n’est malheureusement pas un exemple de respect de l’environnement et de sa population. Néanmoins, et comme le décrit le Figaro, un « ovni » est apparu en plein cœur de la région de la Nefta : une maison d’hôte, la Dar Hi, a récemment été certifiée Green Globe Bronze ! (http://www.dar-hi.net/fr). L’écotourisme n’est donc pas une notion totalement étrangère à la Tunisie, des investissements y sont réalisés.

Qu’est-ce que le « Green Globe » [1] ? Il s’agit d’un label international, premier programme mondial de certification, créé en 1999 et qui récompense et accompagne toutes les organisations touristiques ayant opté pour une démarche d’amélioration de la gestion environnementale et sociale de leurs activités. Pour recevoir ce label, 41 critères sont à respecter et englobent 4 problématiques :

  1. un management du développement durable
  2. l’économie et le social
  3. l’héritage culturel
  4. l’environnement

Dar Hi, cette chaîne hôtelière axée sur l’écologie, a choisi de s’implanter en Tunisie, y voyant un marcher vierge en matière d’écologie, de commerce équitable et  donc d’écotourisme. Ces trois fondements sont respectés sur plusieurs niveaux : les matériaux et la main d’œuvres sont locaux, l’eau provient d’une source d’eau chaude, la nourriture d’un potager et aucun engrais chimique n’est utilisé. L’hôtel peut  en outre compter sur le support de lAPTET [2] (l’association de professionnels de tourisme et d’écotourisme tunisien), qui a pour mission de faire découvrir la Tunisie sous une autre facette. Seul bémol… le prix, comme toujours lorsque l’on veut de l’inédit. Mais le fait de participer au développement de la vie locale tunisienne prendra peut-être le pas sur le portefeuille.

Après la récente révolution politique, peut-on parler de révolution touristique ? Le chemin sera long et périlleux mais rien n’empêche de rêver, ou du moins, d’être optimiste !

EVH, stagiaire


24 mars 2011 at 10 h 41 min Laisser un commentaire

« L’éco-mobilité », bonne et simple pratique

En plus d’être bon pour la santé et la planète, marcher rend heureux, tel est le résultat d’une étude réalisée par l’université du New Hampshire. Alors qu’attendons-nous pour laisser notre (nos) voiture(s) au garage et privilégier nos jambes ?

A. « Eco-mobilité », qu’est-ce que c’est ?

« L’éco-mobilité » ou mobilité durable est un terme récent, utilisé depuis 2007. Le terrain de développement de l’éco-mobilité va principalement s’étendre en ville où l’idéal serait d’éradiquer les voitures, en les remplaçant par des modes de transport dits « propres et silencieux » ou aussi « doux » :

  1. la marche
  2. le vélo
  3. le bus
  4. le métro et le tram
  5. le train
  6. l’autocar

Il s’agit d’une réelle politique de développement du réseau des transports en commun. Bref, limiter au maximum nos émissions de gaz à effet de serre par des modes de transport peu, voire même non polluants. Bien-sûr, bannir définitivement la voiture n’est pas possible pour tout le monde, mais rien n’empêche de mettre en place des comportements durables et respectueux :

  1. éviter de laisser tourner le moteur pour rien
  2. ne pas rouler trop vite
  3. ne pas jouer avec l’accélérateur

B. Quelques initiatives

De nombreuses initiatives sont prises dans cette optique. Voici quelques exemples : Bordeaux et Nice se sont portées volontaires pour interdire l’accès aux voitures les plus polluantes (fini les gros 4×4 !), à Cordoue (Espagne) le réseau « Blobject »[1] propose la location de véhicules électriques, la ville de Strasbourg veut limiter le centre ville à une vitesse de 30 km/h ou encore, plus connu, le réseau « Vélib »[2] à Paris et son équivalent « Villo » à Bruxelles. Sans oublier le co-voiturage[3], qui permet de rencontrer des personnes, de faire un geste pour l’environnement en profitant du confort de la voiture… etc etc [4]

L’idée grandit aussi chez nous, avec notamment les « dimanches sans voitures », instaurés depuis 2000 dans le cadre de « la semaine de la mobilité ». Si certains attendent cette journée avec impatience pour sortir leurs vélos, d’autres sont totalement opposés à cette initiative, se sentant coincés chez eux et n’y voyant aucun intérêt. Les citadins en attendent également plus de la part des transporteurs, notamment de la SNCB qui, durant le dernier « dimanche sans voitures », proposait un tarif « avantageux » de 9€ aller-retour entre deux villes. Peut mieux faire quand on sait que la STIB offre la gratuité à tous les navetteurs !

Il est vrai qu’une journée « sans voiture » par an n’est sûrement pas un moyen assez efficace pour inciter la population à se tourner vers l’éco-mobilité. Il ne s’agit encore aujourd’hui que d’un évènement, et non d’une stratégie à long terme qui pourrait changer le mode de transport – et de vie – des citadins.

C. Eco-mobilité et tourisme

Les citadins ne sont pas les seuls à se tourner vers ces modes de déplacements doux, les touristes aussi y trouvent des avantages. Même si nous vivons dans l’ère du « low cost », c’est-à-dire que nous avons la possibilité de partir plus souvent à moindre prix, il est nécessaire de rappeler que plus de 30% des Belges n’ont pas les moyens de partir en voyages. D’où l’intérêt de l’éco-mobilité qui peut se révéler gratuite ou en tous cas à prix beaucoup plus intéressant que l’avion ; bien-entendu c’est un mode de vie (et de voyage) qui ne peut convenir à tous. Néanmoins, ce mouvement entre dans la tendance, le voyageur étant désormais conscient de l’impact négatif de ses déplacements. La crise a elle aussi fait entrer ce concept dans nos esprits, car nous sommes plus sensibles au coût de la vie, notamment à celui du pétrole.

Voici quelques bonnes pratiques à mettre en place lors d’un voyage :

– Avant

Il est utile de comparer les différents transports possibles pour se rendre à destination. Les vols « low cost » coûtent souvent « moins cher » qu’un ticket de train, mais polluent beaucoup plus. Il faut bien-sûr être vigilent face aux prix très attrayant de ces vols à bas prix car le fait de rajouter un bagage coût souvent plus cher que le billet en lui-même ! De même pour la voiture, jugée plus confortable et pratique que le train mais qui pollue également plus que ce dernier.

– Sur place

Privilégier les moyens de transport locaux, en plus des moyens dits « doux » (voir ci-dessus). En effet, les mêmes pratiques sont tout à fait réalisables tant en Belgique qu’à l’étranger. Quelques questions à se poser : « une visite guidée en bus touristique ne peut-elle pas se faire à pied, en vélo, en tram… ? » C’est l’occasion de découvrir la ville en dehors du circuit touristique classique mais toujours faisable avec un guide. « Une excursion en 4×4 dans la montagne ne peut-elle pas se faire en randonnée ? » A pied ou à vélo, les éléments naturels sont plus appréciables.  « Visiter ce temple, musée,… à 4h de car aller et 4h retour en vaut-il vraiment la peine ? » Peut-être est-ce l’occasion de visiter le village d’à côté en recourant à des services de transport locaux… Bien entendu, à chacun son choix, mais ne dit-on pas qu’une remise en question fait, sans jeu de mot, avancer ?

N’oubliez pas que les réseaux de Greeters, et plus largement le tourisme participatif, vous permettent de découvrir une facette souvent cachée des endroits que vous souhaitez visiter. Plus d’infos : www.globalgreeternetwork.info; et à Bruxelles : www.brussels.greeters.be

Au retour

Il ne faut jamais hésiter à partager son expérience, son vécu ! Cela est valable pour tout aspect du voyage, le bouche à oreille est le meilleur moyen d’inciter d’autres personnes à voyager autrement.

D. Pour en savoir plus…

Consultez le site de la Wallonie : http://mobilite.wallonie.be/opencms/opencms/fr/

Pour les familles : https://www.citoyenparent.be/Public/mobilite/

Ainsi que les sites des transporteurs belges : http://www.infotec.be/, http://www.sncb.be/, http://www.stib.be, http://www.delijn.be/,

EVH, stagiaire


[1] http://blobject.net/

[2] http://www.velib.paris.fr/ et http://www.villo.be/

[3] http://www.carsharing.be/ et http://www.carpool.be

[4] Encore beaucoup d’autres plans : http://www.lievreoutortue.com/

15 mars 2011 at 11 h 18 min 1 commentaire

Un partenariat mondial pour le tourisme durable

Parc National de Manuel Antonio, Costa Rica, 21 janvier 2011 Une impulsion pour le développement du tourisme durable a été donnée cette semaine avec la mise en place du Partenariat mondial pour le Tourisme durable qui rassemble toutes les parties prenantes du secteur pour influencer les politiques, développer des projets et donner naissance à une plateforme de communication mondiale. 

Le nouveau Partenariat a été établi lors de la première Assemblée Générale annuelle au Costa Rica, organisée par le Ministère du Tourisme du Costa Rica et soutenue par les gouvernements français et norvégien, le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) et l’Organisation Mondiale du Tourisme (OMT ).

Lors de cet événement, la France a été nommée à la présidence du Comité de Pilotage du Partenariat, la vice-présidence étant confiée au Costa Rica. Le Secrétariat de ce Partenariat mondial novateur sera installé a la Division Technologie, Industrie et Economie (DTIE) du PNUE à Paris, dont l’objectif principal sera de mettre le tourisme sur la voie du développement durable au niveau mondial.

« Le Partenariat constituera un forum dynamique où les pays impliqués dans le tourisme durable seront en mesure de tirer des leçons de la réussite des initiatives des autres membres et d’obtenir une assistance technique. Le Partenariat favorisera le dialogue constant, l’échange d’expériences, et la recherche de solutions aux problèmes communs dans le secteur du tourisme », a déclaré Gina Guillén Grillo, Conseillère principale auprès du Ministre du Tourisme du Costa Rica.

Le tourisme est l’une des principales industries mondiales et peut constituer une source de revenu essentielle pour les pays en développement. Toutefois, s’il n’est pas bien orchestré, le tourisme peut aussi menacer les ressources naturelles d’un pays (hausse de la consommation d’eau et d’énergie, production de déchets) et finalement conduire à la dégradation de l’environnement et à un impact négatif sur les populations locales.

« Le tourisme est de plus en plus reconnu comme un moteur clé de la croissance économique, en particulier dans les pays en développement et les pays les moins avancés. Le tourisme ne représente pas seulement une part importante du PIB mondial (5%) et de l’emploi (6-7%), mais il est également une source importante d’investissements étrangers en représentant 30% des exportations de service dans le monde. Le nombre d’arrivées de touristes internationaux devrait atteindre les 1,6 milliard à l’horizon 2020 », a déclaré Luigi Cabrini, Directeur pour le développement durable du tourisme à l’Organisation Mondiale du Tourisme (OMT).

Les connaissances acquises à travers le Partenariat en Afrique pourront être appliquées en Amérique latine, en Asie, en Europe ou en Amérique du Nord, et vice versa. Rares sont les entités dans le tourisme en mesure de partager des expériences ou des connaissances et de les mettre en ?uvre d’une manière aussi rapide.

Le Partenariat sera également axé sur sept domaines d’action thématiques: 1) les cadres politiques, 2) le changement climatique, 3) l’environnement et la biodiversité, 4) la lutte contre la pauvreté, 5) Le patrimoine culturel et naturel, 6) les pratiques de tourisme durable pour le secteur privé et 7) la finance et l’investissement.

«La portée géographique du Partenariat, ainsi que le degré d’expertise de ses membres, lui permettra d’adapter, de reproduire, et d’étendre des projets réussis par les partenaires dans d’autres régions; en engageant les secteurs public et privé et les consommateurs, en identifiant et en concrétisant des opportunités de financement de projets, et en informant sur les politiques qui favoriseront le développement et la promotion de la durabilité dans le tourisme » a déclaré Gérard Ruiz, président du Partenariat mondial pour le Tourisme durable.

À ce jour, le Partenariat mondial est composé de 18 Gouvernements Nationaux, 5 Organisations de l’ONU, l’Organisation de Coopération et de Développement Economique (OCDE), 17 Organisations Internationales, des entreprises ainsi que 16 organisations non-gouvernementales, autant d’acteurs qui témoigneront de leur engagement dans l’intégration du développement durable dans le secteur du tourisme. La majorité de ces organisations ont déjà participé à un groupe de travail international initié il y a 5 ans, et présidé par la France, dans le cadre du processus de Marrakech, et ont travaillé ensemble avec succès sur des projets de tourisme durable aux impacts significatifs.

«Il est essentiel de transformer le secteur du tourisme en introduisant des modes de consommation et de production plus durables, qui participent à l’amélioration des conditions environnementales et sociales des destinations touristiques. Le Partenariat mondial vise ainsi à faciliter la transition vers une «économie verte», qui offre une contribution importante aux objectifs du Millénaire pour le développement, et la possibilité d’accroître la faculté d’adaptation du secteur à évoluer rapidement dans un contexte global» a déclaré Arab Hoballah, Chef du Service Consommation et Production Durables au sein du PNUE.

Le PNUE et d’autres agences des Nations Unies, ayant été très impliqués dans l’initiative de l’économie verte, ont ainsi tenu un atelier avant le lancement du Partenariat mondial au Costa Rica à San José, en soulignant l’importante contribution du tourisme durable dans la transition vers une économie verte. Le chapitre sur le tourisme du Rapport sur l’économie verte est en cours de finalisation par le PNUE et l’OMT.

Sources et Plus d’infos:

http://hqweb.unep.org/Documents.Multilingual/Default.asp?DocumentID=655&ArticleID=6886&l=fr

http://www.actualites-news-environnement.com/25223-partenariat-mondial-tourisme-durable.html

 

25 février 2011 at 12 h 03 min 1 commentaire

Maroc : la vision 2020 est axée sur le tourisme durable

Si le Maroc tend à accueillir quelque 18 millions de touristes en 2020, il n’exclut pas pour autant pas la notion de durabilité, en l’incluant dans son offre touristique. Ceci constitue les deux enjeux de la vision 2020 du tourisme au Maroc, qui a été présentée début décembre lors des 10èmes Assises du Tourisme à Marrakech. Celles-ci ont se sont déroulées sous la présidence du Roi Mohammed VI, avec le ministère du tourisme et en partenariat avec le secteur privé.

Depuis 2006, la volonté de se tourner vers un tourisme durable se remarque, notamment grâce à la création du Comité Marocain du Tourisme Responsable (CMTR). Celui-ci agit dans le but de concilier environnement et développement et est présidé par le ministre du tourisme (actuellement Yassir Znagui). Le Maroc s’est vu en outre, attribuer 20 labels « Pavillon Bleu » [1] en 5 ans et 41 de ses établissements ont reçu le label « Clé Verte » [2].

Le développement durable va permettre au pays de diversifier son offre touristique et combiner balnéaire, culturel et naturel. En effet, 6 programmes structurants ont été définis :

  1. « Azur 2020 » : offre balnéaire
  2. « Patrimoine et héritage » : valoriser l’identité culturelle marocaine et son patrimoine.
  3. « Green-éco-développement durable » : mettre en avant les ressources naturelles et rurales, dans un esprit de protection.
  4. « Niches à forte valeur ajoutée » : développer le tourisme d’affaires.
  5. « Animation, sport, loisir » : à ajouter à l’infrastructure balnéaire.
  6. « Biladi » : répondre aux besoins des Marocains, en respectant leurs habitudes et leur manière de voyager.

Sans oublier les 2 incontournables en matière de développement durable : le « Grand Sud Atlantique » autour de Dakhla et « l’Atlas et ses Vallées », autour de Ouarzazate et du haut Atlas. Cette dernière destination s’impose comme la première « écotouristique » axée sur le développement durable dans la Méditerranée.

Concrètement, la vision 2020 va mettre sur pied le Fonds Marocains pour le Développement Touristique (FMDT), financé par l’Etat et le secteur bancaire (1,3 milliards €). Une analyse de densité a également été effectuée pour chaque destination, permettant d’établir un niveau à ne pas dépasser afin de préserver l’environnement.

Une question se pose cependant : est-il réellement possible d’allier la volonté d’accueillir 18 millions de touristes et celle de développer la durabilité ? Si le Maroc veut préserver son patrimoine naturel et culturel ainsi que le bien-être de sa population, ne doit-il pas revoir ce chiffre à la baisse ? Car n’oublions pas que même si l’intégration de la durabilité est primordiale, elle ne constitue cependant qu’un frein aux impacts du tourisme ; la seule véritable manière de préserver son patrimoine est de maîtriser les arrivées touristiques.

EVH


[1] « Le Pavillon Bleu est un label à forte connotation touristique, symbole d’une qualité environnementale exemplaire. Il permet de sensibiliser et de motiver les collectivités locales ou les gestionnaires de port de plaisance afin qu’ils prennent en compte le critère « environnement » dans leur politique de développement économique et touristique. » Voir : http://www.pavillonbleu.org/

[2] « La Clé Verte est le premier label environnemental international pour l’hébergement touristique écologie »Voir : http://www.laclefverte.org/

24 février 2011 at 14 h 32 min Laisser un commentaire

Photos du Salon du Tourisme durable

Les photos du Salon sont disponibles sur PICASA:

Salon du Tourisme durable, éthique et équitable
Salon du tourisme durable, éthique et équitable
Salon du tourisme durable, éthique et équitable
Salon du tourisme durable, éthique et équitable

20 octobre 2010 at 10 h 16 min 1 commentaire

Pourquoi je soutiens le Salon du Tourisme durable ?

par Claudine Brasseur

Le village d’à côté n’est plus à la hauteur des exigences du consommateur. Il faut aller loin, toujours plus loin. La «démocratisation» des voyages exotiques de masse apporte un sérieux coup de pouce aux amateurs de sensations neuves, de grands espaces, de dépaysement ou tout simplement de plage fine avec buffet à volonté.

Le tourisme, une manière comme une autre de consommer l’autre, distraitement, rapidement, confortablement. A peine si on y touche, d’ailleurs : il fait partie du paysage, soit, mais ce qui intéresse le tourisme de masse, c’est ce qu’il y a en « background » de cet autre qui est tout sauf un alter ego : ses « big five » en Afrique, ses cultures en terrasse en Asie, ou ses lamas en Amérique latine.

D’aucuns commencent à prendre conscience des dérives et nuisances de ce tourisme consumériste et post-colonial : pistes de 4 x 4 ravinées, aucun retour pour les populations locales, danger pour les gouvernements de tout miser
sur une seule source d’entrée de devises, et plus sournoisement mais tout aussi dangereusement à long terme, acculturation et perte de repères pour les populations locales.

Le Tourisme Autrement n’exclut pas toutes les conséquences qu’entraîne le tourisme (que feront ces pays quand le prix du kérozène empêchera les éco- touristes de prendre l’avion ?), mais il est l’une des voies d’une réelle approche de l’Autre. Celui dont on désire comprendre la culture, celui que l’on respecte dans son altérité, celui avec qui le désir de partage est réel. Le tourisme équitable et éthique se base sur la dignité de l’autre e de soi-même. Il permet aussi à de petites communautés du désert, de la forêt amazonienne ou de la campagne vietnamienne de vivre mieux, et à leurs enfants d’avoir accès à l’élémentaire : l’école, et une promesse de vie meilleure. Il permet aussi à ces peuples de mieux conserver leur environnement, pour le bien-être de toute la planète, d’ailleurs !

Voilà pourquoi j’adhère aux efforts que fait le Salon du Tourisme autrement pour changer le regard que nous avons sur l’Autre, et pour semer ces petites graines qui, un jour, pourront faire éclore sur nos terres un autre rapport à la nature et à la vie.

10 octobre 2010 at 15 h 07 min Laisser un commentaire

Sahara, Sahel : Quand l’organisation du tourisme repose entièrement sur les opérateurs privés…

Réponse de Pascal Lluch et Jean-Pierre Lamic de V.V.E suite à la publication d’une analyse de Maurice Freud sur la situation du tourisme en zone Sahara-Sahel.

En cette fin septembre, la nouvelle est tombée, le principal affréteur au Sahara et au Sahel, la coopérative Point Afrique, a décidé de stopper la quasi-totalité de ses dessertes aériennes sur la zone.
Parmi les destinations annulées, trois desservaient l’Algérie, à savoir Tamanrasset, Djanet et Timimoun, une autre le Niger : Agadez, Atar en Mauritanie et Gao au Mali. La seule destination maintenue par le tour-opérateur français est Mopti, porte d’accès vers le pays Dogon au Mali, qui peut être rejoint également via Ouagadougou au Burkina Faso (vols réguliers).
Au-delà des explications géopolitiques, vraisemblablement pour une large part fondées , fournies par le président de Point Afrique , au-delà des avis du MAEE, toujours aussi peu précis sur les véritables zones à risque et les autres qui subissent l’amalgame (aspect encore renforcé par la récente loi Kouchner), nous souhaitons faire un bilan des pratiques d’un tourisme que nous avons jugé, dans divers écrits, peu responsable.

Depuis une quinzaine d’années, tout le tourisme vers les zones sahélo-sahariennes reposait sur la chartérisation du Sud algérien, de l’Adrar mauritanien, du Mali et du Niger, à l’exception notoire de la Libye. Cette typologie de tourisme de très courts séjours (8 jours), bien particulière, a, qu’on le veuille ou non, des incidences spécifiques sur les territoires de destination.

Elle se caractérise par une utilisation des savoirs faire locaux, la consommation des ressources naturelles, la production de déchets dont on ne sait que faire, l’accentuation de déséquilibres sociaux (enrichissements privés plutôt que collectifs), etc., sans que les populations puissent en tirer un bénéfice durable, utilisable en dehors du strict cadre du tourisme, d’autant que toute l’économie locale repose alors sur de dernier.
En d’autres termes, ce tourisme de consommation n’a pas ou très peu d’effet de levier économique local durable.
Ce tourisme concentré dans l’espace et dans le temps sur des « spots » induit une dépendance de fractions réduites de la population à une activité portant elle-même ses propres fragilités.

Aujourd’hui, après 15 ans d’activité, ce tourisme n’a pu se structurer sur place ; ni les Etats, ni l’aide au développement, ni les opérateurs touristiques n’ont su créer des filières de formation menant à des diplômes validés et reconnus. Il n’existe pas de chaînes de compétences entre les différents acteurs de ces territoires.
Les savoirs faire structurés, les reconnaissances sociales auraient pu être transférables à d’autres activités que l’on aurait développées pendant les périodes hors-saisons et favoriser ainsi une diversification économique garante d’une certaine pérennité du mieux être apporté.

Aujourd’hui, alors que l’activité touristique disparaît probablement pour une longue durée, cette jeunesse qui a pu connaître une relative aisance matérielle passagère, fréquenter nos modes de vie et de pensée, ne ressent que frustration et abandon.
Tandis que d’autres leur promettent argent facile, aventure, impunité, camaraderie, enrobé dans un discours plus ou moins religieux et revanchard…

Absurdité de l’histoire touristique de ces territoires que V.V.E. n’a eu de cesse de dénoncer, prêchant seule dans le désert…

Reprenons ce que nous écrivions dans un passé récent, alors que le tourisme chartérisé semblait avoir encore de belles saisons devant lui :
« Notons de plus que ce type de développement touristique ne s’inscrit pas dans un schéma de développement économique du pays d’accueil, d’une politique souhaitée et maîtrisée par le pays visité.
La création d’un axe chartérisé, saisonnier, vers un point précis et unique d’un territoire, correspond à un formatage touristique (le produit 8 jours à coûts minimums).
Il est créé par des acteurs du Nord (le marché émetteur), pour des consommateurs du Nord.
Le développement d’un tourisme durable, passe t-il par l’exploitation d’un territoire jusqu’à l’overdose (on a vu s’ériger plus de 50 auberges à Chinguetti), et une mise en concurrence exacerbée entre les opérateurs locaux ?
La mise en place d’un tourisme responsable passe t-il par la dépendance quasi-absolue à une mono industrie touristique d’une très petite part de la population d’un pays ?
Un tourisme diffus, irriguant des territoires plus vastes, permet de multiplier les leviers économiques sans créer de dépendance totale à une activité par nature volatile, et en général très peu maîtrisée par les populations locales.
La liaison directe France/Atar a asséché d’autres régions de Mauritanie qui commençaient à voir arriver quelques touristes (le Tagant par exemple), et suspendu dans son élan le développement d’une chaîne d’infrastructures adaptées et de bonne qualité à Nouakchott ». « Cet épisode illustre une fois de plus le fait que la notion de tourisme durable qui repose sur la compréhension d’un territoire est bafouée un peu partout sur la planète au gré des intérêts mercantiles des opérateurs privés. De plus, il met en lumière l’urgence d’établir un fonds de solidarité pour les pays dont l’activité touristique se trouve sinistrée par des faits divers relatés dans les médias, agissant sur les peurs rationnelles ou pas (l’une des principales revendications portées par V.V.E.) ».
Le tourisme qui repose à 100% sur des charters saisonniers est une aberration économique, sociale, tout autant qu’environnementale par les surcroits d’émission de gaz à effet de serre engendrés.

Cette dépendance totale aux charters le rend extrêmement vulnérable, c’est ce que démontre aujourd’hui de manière criante la situation au Sahara et au Sahel.

Certains qui jusque hier ne remettaient nullement en question ce développement touristique, voire en faisaient un modèle de réduction de pauvreté, commencent à admettre tacitement qu’heureusement qu’il y a des vols réguliers sur certains axes (Tam / Djanet), pour le cas où il y aurait des clients.

Si le tourisme en Mauritanie n’avait pas été basé sur le seul vol direct à Atar, les voyagistes et les touristes auraient conservé l’habitude de passer par Nouakchott. Le tourisme aurait pris certainement un peu moins d’ampleur dans l’Adrar mais se serait diversifié. Partout c’est une meilleure répartition spatiale et temporelle des bénéfices et des retombées économiques qui se serait produite. Nous aurions également évité bien des surfréquentations à certaines époques.

Face à la Françafrique et à AREVA, le tourisme n’a jamais pesé lourd : rien sur le terrain de la géostratégie, et bien peu en terme économique. Plus rien aujourd’hui.

Mais, dans une véritable dynamique de tourisme responsable, nous aurions pu faire beaucoup mieux…

Décidément, du Sahara au Sahel, en passant par les littoraux ou les stations de sports d’hiver, la gestion des territoires touristiques, leur appropriation devrait-on dire, par des intérêts privés, à qui est de fait délégué l’aménagement du territoire, induit, à terme, toujours un développement à rebours de l’intérêt des habitants.

Quel tourisme pourra renaître une fois le calme revenu sur ces zones ?
Une ligne aérienne de charter saisonnière s’arrête net dès que sa rentabilité passe en dessous d’un certain seuil, vite atteint dès qu’une petite partie de la clientèle fait désaffection, puisque les prix sont tirés au plus bas.

Espérons qu’il sera possible de structurer une activité viable, concertée, mesurée et durable avec les acteurs locaux».

Pascal Lluch et Jean-Pierre Lamic pour V.V.E.

Petite revue de presse pour ceux qui souhaitent des informations sur les aspects politiques de la situation de ces territoires :
http://www.rue89.com/2010/09/22/niger-on-risque-une-somalisation-de-la-region-167787?page=1
http://www.rue89.com/tag/otages
http://www.courrierinternational.com/article/2010/09/24/pourquoi-les-francais-sont-devenus-une-cible-en-afrique
http://www.rue89.com/explicateur/2010/09/24/niger-les-cinq-francais-otages-de-la-guerre-des-chefs-daqmi-168132

7 octobre 2010 at 11 h 17 min 2 commentaires

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